Au Festival de Venise, dans la section Orizzonti, un film atypique attire l’attention par sa démarche innovante et son réalisme saisissant. La Moula, réalisé par Jérôme Pierrat, se distingue par sa volonté de créer un faux documentaire qui plonge le spectateur dans l’univers des trafiquants de drogue et des policiers marseillais. Le film s’appuie sur une approche authentique, tant dans le choix des acteurs que dans la mise en scène, pour offrir une immersion crédible dans un monde souvent stéréotypé.
Le quotidien dans le crime et dans le monde policier
Jérôme Pierrat a voulu capturer la vie quotidienne de ses personnages, qu’ils soient criminels ou forces de l’ordre, en évitant tout artificialisme. Il a ainsi privilégié un casting composé de véritables anciens criminels et policiers, dont certains n’ont jamais lu de scénario, afin d’assurer une spontanéité et une authenticité dans leur jeu. La méthode consiste à leur donner des indications sur leur rôle sans script précis, leur permettant d’incarner leur propre réalité. Jérôme Pierrat explique que cette technique vise à rendre chaque scène aussi proche que possible de la vie réelle, tout en respectant les contraintes du cinéma.
La spontanéité come qualité principale des images
L’esthétique du film repose sur une caméra portée, souvent mal stabilisée, qui évoque la spontanéité des reportages journalistiques. Le réalisateur confie avoir voulu retrouver la liberté du reportage, en évitant le style trop policé des films traditionnels. Il a cependant dû faire quelques concessions pour que le film puisse être projeté sur grand écran, notamment en maîtrisant la qualité de l’image tout en conservant une certaine rawness. La crédibilité est essentielle, et chaque scène a été soigneusement conçue pour que rien ne trahisse la nature improvisée de la mise en scène.
Qu’est-ce que c’est ” la Moula”?
Le titre fait référence à l’argot pour désigner l’argent, un élément central dans cette histoire. Le film montre que derrière l’image de la criminalité, il y a des êtres humains avec des vies ordinaires, des passions et des routines. Jérôme Pierrat souhaite ainsi déconstruire le cliché du gangster invincible pour révéler la dimension humaine de ses personnages, souvent voisins ou proches de la vie quotidienne. Ce projet s’inscrit dans une démarche de cinéma immersif, où la frontière entre documentaire et fiction s’efface. La Moula s’impose comme un regard neuf sur un univers souvent stigmatisé, mais aussi une réflexion sur la vérité et la fiction dans le cinéma contemporain.
Plot
Pour Jérôme, journaliste spécialisé dans les affaires judiciaires et le crime organisé, qui se trouve dans une impasse professionnelle, l’occasion de se relancer se présente grâce à son ami de longue date Charlie, un trafiquant de drogue chevronné. Charlie et son gang attendent l’arrivée au port de Marseille d’un conteneur de cocaïne colombienne : un dernier coup qui pourrait leur permettre de prendre leur retraite. En attendant la cargaison, Charlie offre à Jérôme toute liberté pour documenter leur quotidien de l’intérieur, en le faisant vivre avec le gang dans une modeste maison de la banlieue marseillaise. Cependant, l’un des membres du gang croit avoir aperçu un agent des stupéfiants en ville…