Une femme d’aujourd’hui est le dernier film de Robert Guediguian, présenté au Festival de Venise 2026, dans le programme des 23. Giornate Degli Autori. On a rencontré le réalisateur et les actrices Marilou Aussilloux et Ariane Ascaride pour parler de la réflexion profonde que l’on trouve dans ce film sur la société contemporaine.
Le regard du réalisateur sur les conflits modernes
Robert Guediguian, réalisateur et scénariste, explique que ses films se concentrent toujours sur l’observation du monde contemporain. Il évoque la nécessité d’aborder les conflits qui semblent secondaires dans le discours dominant, comme ceux entre différentes communautés ou classes sociales. Selon lui, ces luttes méritent une attention particulière car elles sont essentielles pour reconstruire le tissu social et politique. Il insiste sur le fait que ne pas résoudre ces tensions mène à une impasse, où seul le capitalisme globalisé semble en sortie victorieuse. Cette réflexion nourrit la dimension politique du film, en particulier à travers le personnage de Marie-Lou, qui croit à tort que son monde est parfait avant que la violence ne la frappe brutalement. Le film montre ainsi un virage dramatique qui oblige le personnage à reconsidérer ses priorités et sa vision du monde.
La métamorphose intérieure du personnage principal, Juliette
Le processus d’interprétation du personnage de Juliette par Marilou Aussilloux est très interessant. Elle explique comment a géré la transition entre une vie lumineuse et la violence qui va tout remettre en question. Le costume et la mise en scène l’aidaient à incarner cette dualité, passant d’un état de liberté à une phase de reconstruction intérieure après une agression. La reconstruction, avec ses crises et ses moments d’espoir, représente un véritable défi pour elle, en tant qu’interprète, d’autant qu’on ne tournait pas toujours dans l’ordre chronologique. La compréhension de ce processus l’a amenée à aborder la complexité de la réparation psychologique et physique, soulignant la difficulté de guérir du trauma tout en restant fidèle à l’état intérieur du personnage.
Les enjeux du changement et de la solidarité
Le film parle aussi de la nécessité collective de changement face aux défis actuels. Ariane Ascaride, qui joue la mère de Juliette, évoque le rôle délicat des parents face à un enfant victime de trauma, et la difficulté de suivre l’évolution de leurs enfants dans un contexte de transformation sociale. La conversation s’étend également sur la perte de repères dans le monde actuel, où la vérité semble éclater au grand jour, sans filtres ni limites. Robert Guediguian évoque la citation de Gramsci sur la période de transition où émergent les monstres, une métaphore des crises contemporaines que nous vivons globalement. L’intérêt du film, selon lui, réside dans sa capacité à montrer que le cinéma peut participer à cette réflexion collective, en sensibilisant aux injustices et en incitant à l’empathie. La conclusion souligne que la force du film réside dans sa représentation de la difficulté à reconstruire un monde commun, et la nécessité d’œuvrer ensemble pour un avenir plus juste.
Plot
Juliette a trente-cinq ans et semble tout avoir : un poste prestigieux dans le secteur financier, une belle maison et une vie ponctuée de voyages incessants. Sa mère espère avoir des petits-enfants, tandis que les nuits de Juliette sont peuplées d’amants de passage. Un jour, cependant, elle est agressée par un collègue lors d’un événement d’entreprise et son monde s’écroule. Juliette décide alors de s’engager sur une nouvelle voie pour donner un sens à son existence.