Anna Cazenave Cambet, formée à la Fémis, poursuit avec “Love Me Tender”, son deuxième long-métrage, un joli périple à travers les différentes sections du Festival de Cannes. En 2016, elle y a présenté en compétition officielle son premier court-métrage, “Gabber Lover”, pour revenir en 2020 à la Semaine de la Critique avec son premier long, “De l’or pour les chiens”. “Love Me Tender”, tiré du roman autobiographique de Constance Debré dont il reprend le titre (paru en 2020 aux éditions Flammarion), est à présent au programme de la section Un Certain Regard.
Nous avons discuté avec la réalisatrice de son rapport au roman originel, des enjeux de l’histoire, de son personnage central, Clémence, incarnée (au sens le plus fort du terme) par une Vicky Krieps magnétique.
Anna Cazenave Cambet nous raconte comment le choix de la talentueuse actrice luxembourgeoise s’est imposé à elle, évoque leur travail sur ce personnage en constant déplacement, et nous en dit plus sur sa manière de diriger ses acteurs/actrices.
Sur le roman Love Me Tender de Constance Debré
“C’est un roman qui m’a beaucoup remuée, qui venait poser des questions nouvelles sur l’identité maternelle à un moment où tout était chamboulé dans ma vie, où je devenais moi-même maman. Et puis c’est un roman qui parle du prix à payer quand on est une femme artiste, autrice, et qu’on fait le choix de mettre ça au centre de sa vie. C’est aussi un livre qui traite de la misogynie et de l’homophobie ambiantes dans cette société, donc il y avait beaucoup d’éléments qui me touchaient beaucoup. En fait, je l’avais lu pour moi, mais deux ans plus tard, les producteurs me l’ont proposé. Le roman est revenu dans ma vie et on s’est embarqués dans ce projet comme ça.”
Sur la violence de ce qu’inflige à Clémence son ex-mari quand elle lui annonce qu’elle est lesbienne
Il est ici question de possession, de la possession du corps des femmes. Ce personnage de Laurent, son ex-mari, jusque-là,il n’avait aucun problème pour continuer à coexister en tant que parents, tant qu’ils restent dans la vie l’un de l’autre. Le jour où elle lui annonce qu’elle voit des femmes, elle lui échappe, et lui échapper, ce n’est pas possible, c’est insurmontable pour lui. C’est ce qui est au cœur de ce qu’anciennement on appelait, de manière dégueulasse, les crimes passionnels : c’est toujours des histoires d’hommes qui ne supportent pas que les femmes s’émancipent d’eux.
Le choix de Vicky Krieps pour le rôle principal
“Ça a été une réflexion très longue, mais quand j’ai pensé à Vicky, c’est devenu une obsession, une évidence. Je savais que ça allait marcher. Je voyais en quoi elle pouvait être iconique, comme ça, et j’avais envie d’un personnage de femme héroïsée, érotisée aussi. Dans son roman, Constance utilise le terme de “lonesome cowboy”, et je pense qu’il y a vraiment de ça. Je voulais la filmer en contre-plongée, traversant des places comme un cow-boy, avec cette position… Et puis c’est une histoire qui se développe sur de longs mois, elle traverse une sorte d’épopée, donc il fallait aussi qu’elle ait cette espèce d’envergure… Vicky a une palette de jeu qui permet aussi de fluctuer entre une forme de douceur et une forme de dureté (cette droiture, cette façon de marcher), donc je savais qu’on allait trouver un équilibre, mais c’était un des enjeux du travail.”
Plot
Une fin d’été, Clémence annonce à son ex-mari qu’elle a des histoires d’amour avec des femmes. Sa vie bascule lorsqu’il lui retire la garde de son fils. Clémence va devoir lutter pour rester mère, femme, libre.