Marine Atlan, connu pour son travail remarquable comme cheffe opératrice sur des films comme “Nos cérémonies”, “Le Ravissement” ou encore “Foudre”), se lance dans la réalisation de long-métrage avec le formidable “La Gradiva”, où l’on accompagne une classe de terminale contemporaine issue d’un lycée favorisé en voyage à Pompéi, avec une professeure de latin passionnée (Antonia Buresi) qui les engage à lire les traces du passé, à réimaginer l’éruption du Vésuve, tandis qu’à cette mise en contact directe avec une civilisation antique vivante soudain engloutie se superposent tous les désirs et frustrations qui secouent ces jeunes d’aujourd’hui. Le film, également en lice pour la Caméra d’or du 79e Festival de Cannes, vient de remporter le Grand Prix de la Semaine de la Critique.
Sur l’idée de reprendre la figure centrale et les thèmes de la célèbre nouvelle de Wilhelm Jensen analysée par Freud que la littérature et le cinéma n’ont cessé de sonder par la suite, de continuer en quelques sortes de faire marcher cette Gradiva aux côtés de jeunes d’aujourd’hui, Atlan raconte : “J’aimais bien l’idée de commencer le film avec cette évocation latine, cette idée de mouvement, de femme qui marche, un peu comme une allégorie du destin, et de se réapproprier un peu cette figure mythologique et cette analyse et d’ajouter une nouvelle couche, comme si après le bas-relief, puis Jensen, puis Freud, puis Robbe-Grillet, on pouvait réinventer à nouveau et remettre du contemporain, comme une nouvelle couche de l’histoire“.
Pour composer le scénario, en collaboration avec Anne Brouillet, “comme on sortait du classicisme en créant un film choral qui rompt avec les codes de la dramaturgie, il fallait un peu inventer cette polyphonie, comprendre comment elle allait fonctionner, comment passer d’un personnage à l’autre“. “Je voulais, précise la réalisatrice, quelque chose de très vivant. Il y avait vraiment l’idée de sentir comme une plongée documentaire, à la fois dans le territoire et dans ce groupe, ce collectif, ces jeunes, et en même temps, j’avais vraiment une ambition romanesque, c’est-à-dire d’aller vers le mélodrame, d’assumer le lyrisme et de raconter quelque chose d’assez profond et assez dense sur l’héritage.”
Du groupe se détache la figure de Tony (Colas Quignard), le personnage le plus déambulateur du film, un peu à l’écart par sa provenance sociale, ses inclinations sexuelles et sa situation familiale, qui tente de renouer avec son héritage à partir d’une photo dont il cherche à retrouver le modèle réel. “Une photo, c’est un peu comme le bas-relief de Pompéi, c’est-à-dire que c’est un instant, une image capturée à un moment. J’ai passé mon enfance à scruter des photos de famille, j’ai l’impression qu’elles portent toujours une vérité cachée, parce qu’en fait, une photo, ça convoque le hors-champ… et donc c’est aussi un grand endroit de fantasme, de rapport au vrai ou au faux, et je trouvais que c’était une bonne façon d’introduire la question d’une mythologie familiale et de voir comment cette mythologie familiale peut aboutir à du vide, du creux, du manque, et du secret“. De l’autre côté du spectre, si on peut dire, ou dans un logique de complémentarité puisque les deux garçons sont meilleurs amis, on a le séduisant James (Mitia Capellier), sur lequel se projettent tous les désirs. “Puisqu’il s’agit d’héritage, de quoi on hérite et des injustices là-dedans, James, c’est un personnage qui a tout. Il a la beauté, l’intelligence, le savoir, la richesse : c’est le privilège absolu. J’aimais que ce privilège, on ait envie de s’y frotter et qu’en même temps on le déteste.“
Plot
Un groupe de lycéens français part en voyage scolaire à Naples pour découvrir les ruines de Pompéi et ses corps pétrifiés par le Vésuve. C’est là que le vertige les saisit brutalement. L’un après l’autre, ils se laissent submerger par le désir et la colère jusqu’à s’y abandonner complètement.