Les comédiens Benoît Magimel et Bastien Bouillon nous parlent d’“Histoires de la nuit” de Léa Mysius, présenté en compétition au 79e Festival de Cannes. Pour ce huis clos atypique situé dans une ferme qui accueille aussi l’atelier d’une artiste peintre, la talentueuse scénariste et réalisatrice française à laquelle on doit déjà “Ava” (sélectionné à la Semaine de la Critique en 2017) et “Les Cinq Diables” (dévoilé à la Quinzaine des Cinéastes en 2022) a réuni une troupe formidable qui comprend aussi Hafsia Herzi dans un rôle charnière, Monica Bellucci et Paul Hamy. Notre conversation avec Bastien Bouillon, qui joue le mari du personnage d’Hafsia Herzi, et Benoît Magimel, qui incarne un trouble-fête ambigu et inquiétant, a été aussi sympathique et détendue que le film est chargé et perturbant.
Après avoir évoqué le passé qui revient vous hanter, un thème central du film, Benoît Magimel nous en dit plus sur son travail sur son mystérieux personnage au niveau du scénario, puisqu’il considère le script comme “une matière vivante” et qu’il voulait, en particulier pour ce personnage, bien comprendre d’où il vient en s’imaginant son histoire et ce qui l’amène là, à cette fête d’anniversaire, en cette nuit fatidique : « On a retravaillé le scénario, avec Léa Mysius, car il me semblait important de raconter un peu l’histoire qu’il y a eu entre cette femme et lui, qu’on la re-situe un peu mieux, et surtout, j’avais envie de parler du milieu carcéral, de ce que l’enfermement peut faire, à quel point ça peut abîmer un homme, et je voulais aussi parler de cette histoire à cette enfant, parce qu’on ne peut pas arriver comme ça en pensant qu’on va pouvoir créer une relation, donc il fallait qu’il témoigne, qu’il se mette complètement nu et qu’il parle de lui. Ça me semblait important, or ça n’était pas vraiment dans le scénario au départ ».
À la question de ce que chacun regarde d’abord dans un scénario, Bastien Bouillon (révélé par le formidable “La Nuit du 12” de Dominik Moll) indique : « Déjà, ce n’est pas ma partition, c’est plus quelque chose de global, c’est le projet que j’ai l’impression d’arriver à voir, ou peut-être d’arriver à toucher – parce qu’on ne sait jamais ce que ça va donner. Après, ça se joue très fort sur l’humain, mais quoiqu’il en soit, [je prends toujours le projet dans sa] globalité ». L’acteur se fie beaucoup à son instinct : « Je n’arrive jamais à le formaliser, comme ça, mais il y a des endroits où je n’ai pas envie d’aller ». Il précise qu’il pense par exemple aux projets “qui se veulent politiques”, alors que ça tient de la posture.
Pour Benoît Magimel, « c’est d’abord le metteur en scène qui compte beaucoup. Parfois même, le scénario peut être quelque chose de secondaire. J’aime aussi découvrir des choses. J’aime les contradictions dans les personnages, c’est ça qui me plaît beaucoup, principalement. Et les enjeux. Et oui, l’humanité, une urgence… ». L’immense actor à la filmographie nourrie, lauréat d’un prix d’interprétation masculine à Cannes en 2001 pour “La Pianiste” de Michael Haneke, génial dans les récents “Pacifiction : Tourment sur les Îles” d’Albert Serra et “La Passion de Dodin Bouffant” de Trần Anh Hùng, tous deux dévoilés en compétition à Cannes, où Benoît Magimel accompagne cette année non seulement le film de Léa Mysius mais également, hors compétition, “La Bataille De Gaulle : L’Âge de fer” d’Antonin Baudry, précise qu’il aime avoir l’impression « de risquer quelque chose, d’avoir quelque chose à défendre ».
On discute longuement de la complexité des personnages d’“Histoires de la nuit” et de l’importance de la “backstory” de chacun. « Léa, précise Bastien Bouillon, a la grande qualité, dans ses films, et dans ce film-là en particulier, de n’avoir fait aucun rôle sans âme, et je l’ai trouvée très présente, à chaque instant, pour me rappeler les tressaillements de l’âme de la partition. À la fois elle laisse de l’espace, à la fois elle est précise, mais effectivement, comme Benoît le dit bien quand il parle du background des personnages, il fallait que les choses soient chargées. C’est d’ailleurs pour ça qu’elle a, je pense, réussi à distendre le temps à certains moments, alors qu’on pourrait avoir envie, vulgairement, dans un huis clos, de rentrer dans de l’efficacité ».
On n’omet pas d’évoquer aussi, pendant cet entretien, les surprises qu’a inévitablement réservées à ses interprètes le tournage de ce film assez choral réunissant des acteurs chevronnés dans des rôles tous dotés d’une belle épaisseur, articulé autour d’un fête surprise pendant lequel le spectateur ne sait jamais qui est qui, ce qui va se passer, ce qui est prévu ou ce qui échappe au contrôle des personnages.
Plot
Nora, Thomas et leur fille Ida vivent dans une ferme isolée avec pour seule voisine, Cristina, une peintre italienne. Alors que tout le monde prépare une soirée d’anniversaire surprise pour Nora, trois hommes rôdent autour de la maison et s’invitent à la fête, faisant surgir des secrets bien gardés…