Hélène Rosselet-Ruiz, remarquée pour ses courts-métrages, est en lice pour la Caméra d’or avec “Le Triangle d’or“, présenté au 79e Festival de Cannes parmi les séances spéciales. Pour nous parler de ce fascinant huis clos coscénarisé avec Pauline Guéna (auteure du récit à l’origine de l’excellent “La Nuit du 12” de Dominik Moll) qui se joue (presque) entièrement dans un hôtel particulier situé dans le “Triangle d’or”, une zone considérée comme la plus luxueuse de Paris, située dans le 8e arrondissement, la réalisatrice française est accompagnée de sa comédienne Malou Khebizi, qui joue ici Laura, la coriace femme à tout faire qui s’occupe de Souria (incarnée par Soundos Mosbah), la maîtresse du cheick saoudien qui vit enfermée dans cette maison, dans un luxe “obscène” (pour reprendre le mot de la réalisatrice) mais sous surveillance, avec pour seule compagnie Laura et un homme, Emre (Ziad Bakri). L’actrice nous en dit plus sur la manière dont elle s’est rapportée au personnage et dont elle avait abordé sa complexité.
Rosselet-Ruiz explique qu’elle a vécu la situation étonnante du personnage de Laura, pénétré elle-même cet univers sur lequel on ne pose typiquement jamais les yeux, et fait ensuite d’amples recherches d’une part sur le monde du service de clients de luxe, et d’autre part sur des cas de femmes saoudiennes (et autres) qui ont fui des situations de ce type, notamment s’appuyant sur le travail de la sociologue Alizée Delpierre et de la journaliste Hélène Coutard.
Interrogée sur l’opposition ou la symétrie des personnages de Laura et Souria, la réalisatrice précise : “Ce qui a vraiment traversé l’écriture et la construction des deux personnages, ces deux rapports au féminin, la confrontation de deux féminités qu’on oppose et qui dans les deux cas, sont considérés comme jamais assez. C’est-à-dire que quand on est une femme et qu’on refuse les attraits de la féminité (qu’on est dans quelque chose de l’ordre de la puissance et d’une incarnation très ancrée, comme c’est le cas du personnage de Laura) ou quand on est une femme qui ‘performe’ une certaine hyperféminité (qui prend en charge, presque, quelque chose chose qui est l’ordre du masque), eh bien en fait dans les deux cas, c’est pas assez, c’est pas bien… or moi, dans mon parcours, j’ai été l’une et l’autre, et donc ça m’intéressait de les mettre l’une face à l’autre, parce que je pense (qu’il y a une porosité) entre ces deux manières de ‘performer’ sa condition.”
Par rapport au personnage de Souria, et à ce qui l’amène à accepter ces conditions de vie, Rosselet-Ruiz commente : “J’avais envie qu’on la découvre petit à petit, que ce ne soit pas un personnage qui s’arrête à son cliché. En tant que femme, on accepte souvent des conditions de vie, et même de relation, qui ne nous conviennent pas, dans le sens où moi j’ai été beaucoup confrontée à des situations où en tant que femme, je me disais ‘théoriquement, je ne suis pas d’accord avec ce que je suis en train de vivre, et je trouve que ce n’est pas normal’, et pour autant ça n’empêche pas qu’on puisse accepter de vivre ces situations… En tant que femme, on se retrouve régulièrement dans des situations qu’on pourrait remettre en cause, et pour autant, on est aussi ancrée dans ça, et c’est tout un parcours, tout un chemin de vie, qui est un chemin collectif en tant que femmes, de s’approprier de ces choses-là et comment on y répond, pour se sortir de ces schémas, et d’avoir un personnage comme Souria, qui est consciente de ce qu’elle accepte et en échange de quoi, ça m’intéressait.”
Plot
Pour gagner sa vie, Laura accepte un emploi au service de Souria.
Installée dans un hôtel particulier du triangle d’or par son amant, un riche prince saoudien, Souria vit dans l’attente de ses visites. Tandis que Laura doit s’adapter à cet univers de luxe démesuré et de surveillance constante, un lien fragile se tisse entre les deux femmes. Mais Laura pressent qu’un danger pèse sur Souria et que cette cage dorée pourrait bien se refermer sur elles deux.